mercredi 29 juillet 2020

Prise de fonctions des nouveaux commandants en chef de la marine, des garde-frontières et de la 3e RM (28/07/2020)

Deux semaines après avoir été nommés vice-ministres de la défense (14 juillet 2020), le vice-amiral Phạm Hoài Nam et les généraux de division Hoàng Xuân Chiến et Vũ Hải Sản ont passé le témoin, le 28 juillet, à leurs successeurs aux postes de commandants en chef de la marine, des garde-frontières et de la 3e Région militaire.
Comme nous l’annoncions dans notre post précédent, ces successions n’offrent aucune surprise. Elles permettent au premier adjoint de chaque commandant en chef partant d’accéder à la fonction suprême, assurant ainsi une continuité dans le suivi des dossiers de chaque composante mais aussi dans la progression des jeunes élites : le commandement de la marine revient au CA Trần Thanh Nghiêm (ci-dessous à droite), premier sous-marinier à accéder à ce poste. Celui des garde-frontières revient au GBR Lê Đức Thái, et celui de la 3e RM au GBR Nguyễn Quang Ngọc.
Les passations de commandement se sont déroulées à Hải Phòng (état-major de la marine et de la 3e RM), sous la présidence du général de corps d’armée Phan Văn Giang et du GDI Nguyễn Tân Cương, ainsi qu’à Hà Nội (commandement des garde-frontières) sous celle du GCA Nguyễn Chí Vịnh.
Le GDI Hoàng Xuân Chiến (à gauche), ex-commandant en chef des garde-frontières,
a déjà troqué ses épaulettes (vertes) contre celles (dorées) du haut état-major.
Le GDI Nguyễn Tân Cương (au centre), probable futur chef d'état-major général des armées, 
préside la passation de commandement de la 3e RM.


mardi 21 juillet 2020

Nominations dans le haut état-major, poursuite de la relève de générations en amont du 13ème Congrès national du PCVN (14/07/2020)

Dans une actualité dans laquelle la pandémie de COVID-19 continue de mobiliser les énergies mais aussi l’attention des médias, l’institution militaire vietnamienne continue de se mettre discrètement en ordre de marche pour se présenter, relève de génération de dirigeants effectuée, en rangs unis au treizième Congrès national du Parti communiste vietnamien (PCVN), en janvier prochain. Toutes les formations des armées, directions et services achèvent désormais d’organiser leurs congrès internes, qui visent à sélectionner leurs représentants du Parti, qui à leur tour éliront en fin d’année la vingtaine de hauts dirigeants de l’armée qui siègeront au sein du Comité central du PCVN pour le mandat 2021-2026 et occuperont les postes sommitaux de l’institution. 
Comme dans toute armée, la relève des générations de commandeurs continue de s’opérer. Ainsi, le 09 juin 2020, une première vague de nominations a été entérinée par le premier ministre Nguyễn Xuân Phúc. Parmi la vingtaine de nouveaux arrivants aux postes de haute responsabilité, l’on note les relèves :
- du directeur du Département général technique : le général de division (GDI) Lê Quý Đạm est remplacé par son premier adjoint, le général de brigade (GBR) Trần Minh Đức
- et du commandant en chef de la 9e Région militaire (RM) : le GBR Nguyễn Xuân Dắt a succédé au  GDI Nguyễn Hoàng Thủy.

Le 14 juillet 2020, dans une étape de niveau supérieur, le premier ministre a signé les décisions nommant trois nouveaux vice-ministres de la défense. Cet événement, qui s’inscrit dans le même processus (départ de la génération 1954-1958), place au sommet de la pyramide trois hommes expérimentés, tous membres titulaires du comité central du PCVN depuis 2016, et pour lesquels ces nominations représentent leur poste terminal. Il s’agit (de gauche à droite sur la photo ci-dessous):
- du GDI Vũ Hải Sản (59 ans), commandant en chef de la 3e RM ;
- du GDI Hoàng Xuân Chiến (lui aussi âgé de 59 ans), commandant en chef des garde-frontières ;
- et du vice-amiral Phạm Hoài Nam (53 ans), commandant en chef de la marine. 
Ces trois officiers ont reçu leur charge des mains du général d’armée Ngô Xuân Lịch, ministre de la défense, le 20 juillet.
Ces nominations sont dans l’ordre des choses. Le général Sản, qui a commandé une RM jouxtant la Chine, apporte cette connaissance essentielle qu’est celle du principal partenaire et rival de Hà Nội. La présence du général Chiến confirme quant à elle l’importance des garde-frontières dans la structure de défense vietnamienne. Enfin, l’ascension de l’amiral Nam salue un brillant parcours de carrière tout autant qu’elle confirme la place-clé de la marine sur l’échiquier militaire du pays. Entré en service à 17 ans, ce surfacier formé en ex-Union soviétique et qui y a vécu l’effondrement du bloc de l’Est a effectué toute sa carrière opérationnelle à Cam Ranh, où il a commandé la très importante 4e Région maritime (2012-2014) avant de se voir confier le commandement de la marine (été 2015). Son parcours, qui s’est dessiné dans l’ombre du puissant VAE Nguyễn Văn Hiến, n’a pas été égratigné par la disgrâce de ce dernier (*).
Les noms des vice-ministres devant quitter leurs fonctions n’ont pas été annoncés, laissant aux nouveaux nommés une période de prise de fonctions. Il est probable qu’il s’agit des GCA Bế Xuân Trường, Trần Đơn et Lê Chiêm, qui ont tous entamé leur mandat en octobre 2015 et qui sont désormais eux aussi atteints par leur limite d’âge de service. Leur départ de l’institution pourrait s’opérer discrètement, l’armée vietnamienne n’étant pas coutumière de cérémonies d’adieux aux armes.
Se pose désormais la question de la relève du GCA Nguyễn Chí Vịnh qui occupe ses fonctions depuis plus de dix ans et dont le poids – historique de par son père, décisionnel pour la même légitimité et ses anciennes fonctions de directeur du très puissant Département général n°2, et pour la diplomatie de défense en raison de son exceptionnelle longévité dans ses fonctions – en font un incontesté pilier du ministère de la défense. Or à ce jour, force est de constater qu’aucun jeune haut dirigeant ne présente tous les atouts qui se concentrent dans la personne de l’emblématique général Vịnh. Certes, celui qui présente le meilleur profil "international" semble être le GBR Hoàng Kim Phụng, cheville ouvrière du Département des opérations de maintien de la paix et qui participe à la quasi-totalité des rendez-vous internationaux du général Lịch ou du général Vịnh ; mais de là à briser les codes de la promotion interne il y a un pas que l’institution ne semble pas prête à franchir – mais une bonne surprise ne peut être éludée…
A cette incertitude près, le toilettage et rajeunissement du « haut du tableau » devrait se poursuivre, à l’automne, par les annonces des derniers grands mouvements attendus : le départ du général d’armée Ngô Xuân Lịch, dont le mandat à la tête du ministère de la défense a véritablement figé l’APVN sur ses grands partenariats, Russie en tête, ne devrait pas – sauf surprise qui ne peut jamais être exclue dans ces hautes instances si fermées – déboucher sur l’élection du directeur du Département général politique (dont l'actuel directeur est techniquement trop âgé pour accéder à la fonction suprême). Le parcours ascensionnel du GCA Phan Văn Giang, chef de l’état-major général des armées, devrait se poursuivre, offrant ainsi au jeune GDI Nguyễn Tân Cương le poste de CEMGA, avec un fort potentiel d’accès à celui de ministre de la défense à l’horizon 2026. 
A un échelon moindre, le commandement de la marine reviendra très probablement à une autre étoile montante de cette composante : le contre-amiral Trần Thanh Nghiêm, actuel commandant adjoint et chef de l’état-major de la marine. Ce très jeune officier général a été le premier commandant en chef de la brigade (sous-marine) 189, dont il a eu la lourde charge de mener à bien la coordination de la montée en puissance, très attendue par les Vietnamiens (car fruit de très importants investissements durant de nombreuses années) mais qui demande du temps (composante créée quasiment à partir de rien). Sauf anicroche, son parcours vers les plus hautes fonctions est quasi gravé dans le marbre.
Le commandement des garde-frontières reviendra au GBR Lê Đức Thái, précédemment premier adjoint du général Chiến, tandis que le GBR Nguyễn Quang Ngọc (52 ans) prend tout aussi logiquement la suite du général Sản à la tête de la 3RM, avec un potentiel de progression certain.

(*) La disgrâce de Nguyễn Văn HiếnLe vice-amiral puis général de corps d’armée Nguyễn Văn Hiến est l’homme qui a lancé puis conduit le processus de modernisation de la marine vietnamienne, depuis le début des années 2000 (il a commandé cette composante de 2004 à 2015) jusqu’à son accession à la retraite, au printemps 2016 en tant que vice-ministre de la défense. Il est notamment à l’origine du développement de la très coûteuse composante sous-marine, qui a conféré à la marine populaire un nouveau statut parmi les marines sud-est asiatiques.
Ce remarquable parcours a cependant été détruit par l’implication de l’amiral Hiến dans une affaire de vente illégale de terrains immobiliers appartenant au ministère de la défense à Hồ Chí Minh-Ville, avec utilisation de ses fonctions officielles à des fins d’enrichissement personnel. Le Parti, que le secrétaire général Nguyễn Phú Trọng tient à mobiliser dans un combat contre la corruption, a tranché dans le vif. Le 21 juin 2019, le bureau politique du Comité central du PCVN a révoqué l’amiral Hiến de toutes les fonctions qu’il a occupées au sein du Parti et demandé des sanctions disciplinaires. Le 03 septembre 2019, le Premier ministre Nguyễn Xuân Phúc l’a révoqué de ses fonctions d’ex-commandant en chef de la marine et de vice-ministre de la défense
Enfin, le 21 mai 2020, il a été inculpé pour fraude et condamné à quatre années de prison.
21 mai 2020: "Accusé"!


mercredi 8 juillet 2020

A défaut de contacts directs, le ministère vietnamien de la défense adepte de la diplomatie virtuelle

Dans ce monde de la diplomatie de défense largement impacté par la pandémie de COVID-19, le Viêt Nam a perdu de nombreuses opportunités de montrer, notamment à l’attention de sa propre opinion publique, son dynamisme – très relatif en réalité, car reposant essentiellement sur le bon vouloir de partenaires souvent très lointains. L’année 2020, qui devait être marquée d’une pierre blanche avec la présidence vietnamienne de l’ASEAN, s’est d’ores déjà transformée en année grise, que Hà Nội tente de sauver tant bien que mal. Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’ASEAN organisé par visioconférence (26 juin), report en août de la revue navale initialement prévue le 7 mai pour donner du faste au 65eanniversaire de la marine populaire vietnamienne – un report qui se transformera en annulation faute de participants et en raison du spectre du souvenir de l’escale de l’USS Theodore Roosevelt à Đà Nẵng début mars, report des relèves de plusieurs officiers insérés dans les états-majors onusiens au Soudan du sud et en république Centrafricaine, les occasions de mettre en valeur la place de l’armée vietnamienne sur la scène internationale ont chuté drastiquement. Certes il ne faut pas oublier l’implication totale de l’armée dans la lutte et la prévention de la pandémie sur le territoire national, avec en fer de lance la task force dirigée par le général de corps d’armée Trần Đơn, mais le temps des rencontres directes d’autorités a cessé depuis début mars. Depuis la réception du général d’armée Koji Yamakasi, chef d’état-major des armées japonaises (2 mars 2020), le ministre de la défense et ses grands commandeurs n’ont rencontré aucun partenaire majeur.
Avec un ministre de la défense - général d’armée Ngô Xuân Lịch - à nouveau totalement absent de la scène diplomatique militaire, et plus à l’aise dans sa peau d’ex-commissaire en chef des armées pour se concentrer sur la préparation du 13e Congrès national du Parti communiste vietnamien (PCVN), c’est donc le général de corps d’armée Nguyễn Chí Vịnh, vice-ministre de la défense, chargé des relations internationales, qui s’est vu incomber la tâche de rétablir le contact avec les partenaires internationaux du pays. Une mission dont les effets ont progressivement transparu dans les médias, sous forme de brefs comptes rendus de visioconférences, très probablement toutes à l’initiative de Hà Nội et essentiellement dans le cadre de sa présidence, en 2020, de l’ASEAN. Contraint de développer de nouveaux canaux de communication, le ministère vietnamien de la défense a visiblement réussi cet exercice technique. Tous les reportages, réalisés par le service de communication des armées, mettent en scène le général Vịnh, entouré de quelques grands adjoints (systématiquement son directeur des relations extérieures, le général de division Vũ Chiến Thắng, ponctuellement le directeur du Département des opérations de maintien de la paix, le général de brigade Hoàng Kim Phụng) et de quelques officiers d’état-major, ainsi que de représentants de l’ambassade du pays concerné.
Le GDI Chiến Thắng (2ème à gauche) et le GBR Phụng (2ème à droite). Visioconférence avec le GAR Graziano (président du comité des chefs d'état-major de l'UE)
Dans son tour d’horizon des grandes capitales, le général Vịnh a ainsi successivement approché : Tokyo (10 juin), le président du Comité des chefs d’état-major de l’Union européenne (12 juin), Canberra et Ottawa (16 juin), Londres (22 juin), Washington (1er juillet), Moscou et Wellington (3 juillet), Séoul (06 juillet). Manquent à ce tour d’horizon Paris et Berlin, voire Rome (mais le général Graziano, dans ses fonctions à l’Union européenne, a certainement été approché sous sa double casquette, européenne et italienne), probablement en raison de la difficulté d’harmoniser des agendas et/ou par manque de ressources humaines véritablement consacrées, dans ces capitales, aux relations avec l’Asie du sud-est.
L’on retiendra de ces divers entretiens :
  • Un ciel sans nuages avec la Russie, ou aucun haut dirigeant vietnamien n’a cependant pu faire le déplacement à l’occasion de l’anniversaire de la victoire sur le fascisme ; pour autant, les militaires vietnamiens se préparent à participer à l’édition 2020 des Army Games, qui se tiendront - sauf contrainte majeure due à la pandémie de COVID-19 - du 23 août au 05 septembre dans dix pays (Arménie, Azerbaidjan, Biélorussie, Chine, Inde, Iran, Kazakhstan, Mongolie, Russie, Uzbekistan) ;
  • La volonté de Hà Nội de resserrer les liens avec Bruxelles, et notamment d’obtenir le soutien de l’EMUE et/ou de nations membres pour soutenir l’insertion de quelques militaires dans une opération européenne (EU Training Mission) ;
  • Une relation sans grand enthousiasme avec Washington, en cette année pourtant marquée par le 25e anniversaire du rétablissement des relations bilatérales (12 juillet 1995) ; pourtant, la posture de présence militaire américaine en mer de Chine méridionale a de quoi satisfaire le Viêt Nam, qui est à nouveau confronté à une présence chinoise pesante jusque dans ses eaux territoriales revendiquées (incidents avec entre flottilles de pêche ; consolidation des bastions chinois tels que Fiery Cross Reef) ;
  • Un lien fort avec Tokyo, où le général Nguyễn Chí Vịnh s’était rendu juste avant que n’éclate au grand jour la réalité de la pandémie de Covid-19 afin d’obtenir le soutien aux activités du Viêt Nam durant son année de présidence de l’ASEAN, et avec Séoul, qui apporte son appui aux efforts d’équipement de la police maritime ; il en est de même avec New Delhi, partenaire historique de Hà Nội ;
  • Une grande satisfaction quant à l’aide reçue de Canberra, de Wellington mais aussi de plus en plus de Londres en matière de formations linguistiques et d’adaptation à l’insertion dans les opérations onusiennes de maintien de la paix. Ces entretiens se sont ainsi déroulés quelques jours après la conclusion de plusieurs stages linguistiques longs, durant lesquels plusieurs dizaines d’officiers ont été formés :
    • par les Australiens : Ainsi, le colonel Paul Foura, l’attaché de défense australien à Hanoi, a remis le 26 juin à l’unité 871 (école des langues, qui appartient au Département général Politique) à 143 stagiaires leur diplôme de fin de stage. L’occasion pour le chef de la mission de défense de rappeler que plus de 2 500 militaires vietnamiens ont bénéficié depuis vingt ans de cours d’anglais et que chaque année quelque 300 officiers participent à des formations en Australie ou au Viêt Nam (à Hà Nội, Hồ Chí Minh-Ville et Nha Trang). Un niveau qu’aucune nation occidentale n’est capable d’atteindre et qui fait de l’Australie LE partenaire de confiance du Viêt Nam. Ce partenariat devrait perdurer, à l’aune de la revue stratégique de défense que le premier ministre Scott Morrison a présentée le 1er juillet et qui indique clairement l’intention de Canberra de porter l’effort sur l’Asie du sud-est afin d’y contrebattre au plus loin l’influence chinoise, menace stratégique pour les intérêts de l’Australie.
    • par les Britanniques, qui ont procédé le 19 juin à la remise de diplôme aux stagiaires de toutes armes qui, pendant plus de cinq mois, ont suivi les cours délivrés par le British Council ; un programme de 400 heures de cours, qui fait ses preuves pour la huitième année. 
      • Mais aussi par les Néo-Zélandais, que le général Vịnh a remerciés pour leur aide dans le rapatriement de deux stagiaires dans un contexte sanitaire difficile. 

    Au bilan,  il ressort de ces entretiens, qui ont visé à préparer la courte réunion (7 juillet par visioconférence) de l’ASEAN Defense Senior Officials’ Meeting élargie à huit partenaires - Australie, Chine, Corée du sud, Etats-Unis, Inde, Japon, Nouvelle-Zélande, Russie) (*) - plusieurs grandes tendances : 
    • la solidité du lien entre militaires vietnamiens et russes (communication fluide, passé commun, futur vietnamien qui se construit dans la relation présente avec Moscou) ; 
    • un certain flou sur la relation avec les Etats-Unis, imputable d’une part à l’imprévisibilité de l’administration Trump mais aussi au manque de lisibilité d’un général Lịch peu enclin à froisser Pékin quitte à continuer d’avaler les couleuvres que lui infligent ses interlocuteurs chinois ; 
    • la mollesse de la relation entre Etats aseaniens (chacun dépendant au moins économiquement de la Chine, et donc collectivement pusillanimes face aux provocations de Pékin en mer de Chine méridionale) ; 
    • enfin, le bon placement des anglo-saxons emmenés par l’Australie, particulièrement efficients avec leur axe d’effort placé sur l’appui à l’insertion dans la communauté internationale anglophone et dans la sphère des opérations onusiennes de maintien de la paix, en milieu anglophone. 
    • Dans ce cadre, la partie sera difficile pour l’UE, qui semble pourtant faire de l’Asie du sud-est une de ses priorités (et d’en sous-traiter la réalité des actions de coopération à ses Etats-membres, malgré leurs capacités limitées), face à la cohésion et la cohérence des actions des partenaires occidentaux de proximité, Australie en tête depuis longtemps.

    La donne ne devrait pas changer à court terme, d’autant plus que les enjeux du Congrès du PCVN (relève de génération de dirigeants) ne militent pas pour une atteinte aux équilibres. L’on y verra pour preuve l’absence de contact, même virtuel, entre le général Vịnh et le haut état-major chinois. L’intention a peut-être été évoquée, mais le silence qui l’a accueillie ou le peu d’empressement à y donner suite témoigne de la volonté de Pékin de faire peser un sentiment d’inquiétude sur sa relation pourtant historique avec son voisin, afin de contraindre les instances dirigeantes du PCVN à faire le « bon choix » dans la sélection de sa future équipe dirigeante.

    (*) Ouverte par le général Lịch, qui s’est rapidement éclipsé pour laisser le général Vịnh à la manœuvre, la réunion a sans surprise fait le constat que le temps n’était pas encore venu pour les participants de se retrouver physiquement. Pour autant, le général Vịnh a évoqué l’espoir qu’une fenêtre d’opportunité se dessine « en août » pour que le sommet de l’ADSOM+ soit officiellement organisé. L’avenir dira si ce volontarisme se concrétise, mais il est permis d’en douter.





    vendredi 29 mai 2020

    Impact de la pandémie de coronavirus sur le fonctionnement des instances aséaniennes. Le Vietnam pourrait-il bénéficier d’une prolongation de sa présidence à la tête de l’Association ?

    Le Viêt Nam, qui s'est trouvé dès les premiers jours de propagation de l'épidémie de coronavirus (COVID-19) depuis son voisin chinois plongé dans une véritable période de guerre (thời chiến) contre un ennemi invisible et qui ne reconnaît aucune frontière, voit récompensé les efforts et sacrifices consentis par tout le pays sous l'impulsion du président de la république et secrétaire général du Parti communiste vietnamien Nguyễn Phú Trọng et surtout du premier ministre Nguyễn Xuân Phúc. 
    Aux mots d'ordre lancés dès les premiers jours de cette campagne - Nguyễn Phú Trọng : « Tout citoyen est un combattant engagé sur le front de la lutte contre la pandémie » (Mỗi người dân là một chiến sĩ trên mặt trận phòng, chống dịch bệnh) ; Nguyễn Xuân Phúc : « Luttons contre la pandémie comme contre l'ennemi ! » (Chống dịch như chống giặc !) - le résultat officiel est élogieux : 327 cas de contamination sur plus de 97 millions d’habitants, aucun mort. Certes, ce bilan balaye d’un revers de main l’ombre de la contamination progressive de plusieurs centaines de marins américains à la suite de l’escale du porte-avions USS Theodore Roosevelt à Đà Nẵng, début mars, mais il reflète une mobilisation générale contre un fléau majeur.
    Dans ce cadre se pose la question légitime, non des lauriers que le Viêt Nam pourrait attendre de son succès (et que la presse internationale est prompte à lui décerner) mais des conséquences de cette guerre sur la place du Viêt Nam au sein de l'Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN).
    A situation exceptionnelle, fait exceptionnel. La Rue des Soldats ouvre ses colonnes à AVQ, jeune chercheur travaillant sur l'Asie du Sud-est et en particulier les questions vietnamiennes. Ses travaux sur l'effet COVID-19 sur la diplomatie vietnamienne interviennent en écho à des suggestions qui se sont fait jour, tant dans les milieux dirigeants vietnamiens que dans des capitales régionales et plus lointaines, pour évoquer la possibilité pour le Viêt Nam de conserver la présidence de l'Association pendant une seconde année de rang, afin de lui éviter la frustration - légitime - de voir plusieurs années de préparation de ce temps fort de la diplomatie d'un pays qu'est la présidence de cette instance ruinées par l'effet COVID-19.
    *          *          *
    Depuis le début du mois de mars 2020, la question de la conservation par le Viêt Nam de la présidence de l'ASEAN en 2021 surgit dans les réflexions dans les cercles politiques vietnamiens et aséaniens. Cette question d’un ‘biennum vietnamien’ revêt une certaine légitimité en raison de la situation de crise exceptionnelle que traversent tous les pays de l’Association, touchés à divers égards et ampleurs par la pandémie de coronavirus (COVID-19), du report et de l'annulation des grands évènements du calendrier aséanien, dont l’organisation incombait au pays président l’Association, et de la flexibilité caractérisant l'Association. 

    « Sommet Spécial » par visioconférence de l'ASEAN sur la lutte contre le coronavirus, 
    14 avril 2020. 

    Il faut dire que la dynamique d’affirmation du Viêt Nam sur la scène internationale, cristallisée notamment à l’occasion du sommet entre les États-Unis et la Corée du Nord en février 2019 à Hanoi, avait suscité des attentes à l’égard de la présidence du Viêt Nam de l’ASEAN en 2020. Les Vietnamiens doivent donc ressentir une profonde frustration de perdre la visibilité qui découlait de ‘l’alignement des planètes’ en cette année 2020, le pays étant simultanément membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unie, président de l'ASEAN, en plus d’organiser, pour la première fois, une revue navale internationale (à Nha Trang le 7 mai, date du 65e anniversaire de la marine populaire vietnamienne). Conserver la présidence de l'association en 2021 permettrait au régime de Hanoi de contrebalancer ce 'manque à gagner' diplomatique de 2020, mais aussi au nouveau Comité central du Parti communiste vietnamien, qui sera investi en janvier lors du 13e Congrès national, d’entamer un nouveau cycle de cinq ans sur une belle dynamique.

    Charte de l’ASEAN et conséquences juridico-politiques

    A la lumière de l’actualité politique en Asie du Sud-Est, la Charte de l’ASEAN, accord juridique contraignant adopté en 2009 entre les dix membres de l’ASEAN, offre un cadre de réponse pertinent à la question du report de présidence au profit du Viêt Nam.

    L'article 31 (Présidence de l'ASEAN) du chapitre X (Administration et Procédure) de la Charte de l'ASEAN dispose que la présidence de l’Association doit tourner ("rotate") tous les ans selon l'ordre alphabétique du nom en anglais des Etats membres.  Cela signifie que si un report de présidence devait être effectué, le Viêt Nam doit à tout prix convaincre le pays suivant selon l'ordre alphabétique : le Brunei. 

    Selon l'article 31 point 2, le pays membre qui exerce la présidence de l’Association lors d’une année donnée doit diriger : (a) un sommet ASEAN et les sommets connexes (b) un ASEAN Coordinating Council (c) trois ASEAN community council (d) les organismes ministériels opportuns (e) un Comité des Représentants Permanents (CPR). Hanoi pourrait décider d'en appeler à une interprétation de cet article en mettant en avant le fait que, en raison de la situation sanitaire régionale exceptionnelle qui a prévalu en 2020 (et dont on ne perçoit à ce jour aucune normalisation effective), il n'était pas possible d'organiser toutes ces réunions et sommets en 2020, et qu’il serait légitime que le Viêt Nam mène à bien ces événements l'année suivante, en 2021. 

    Mais, selon l'article 51 point 1 (Interprétation de la Charte), il incombe au Secrétariat de l'ASEAN de procéder à l'interprétation de la charte, en accord avec les règles du Conseil de Coordination. Or, le secrétariat de l'ASEAN est présidé depuis 2018 par le Brunéien Lim Jock HoiCe dernier poussera très probablement en faveur de la position de Brunei, qui ne sera pas facilement acquis au report de sa présidence en 2023, d’autant plus que le sultanat a déjà créé un comité de préparation à la présidence de l’ASEAN en 2022 et réservé 2 millions de dollars à cet effet (*) En cas de dispute sur l'interprétation, selon le Chapitre VIII de la Charte, l'Etat membre peut se référer à la présidence (tenue par le Viêt Nam) ou au Secrétariat (dont le Secrétaire vient de Brunei). Cette impasse juridico-politique mènera nécessairement, selon l'article 26 (Unresolved Dispute), à une résolution du différend au Sommet de l'ASEAN. Il semble très compliqué pour le Viêt Nam de convaincre tous les Etats membres – selon la règle du consensus qui prévaut – de lui permettre de conserver la présidence en 2021. Non seulement Bandar Seri Begawan devrait attendre un an de plus avant d’accéder à la présidence, mais tous les autres États membres verraient également leur présidence décalée d’au moins un an. 

    En outre, l'article 32 sur la Présidence de l'ASEAN dispose que le pays qui préside l'Association doit assurer une réponse efficace, opportune et immédiate aux situations de crise. Le Viêt Nam ne pourrait donc pas utiliser l'argument "à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles" pour reporter sa présidence, les situations de crise étant déjà envisagées par la charte et nécessitant une réponse par la présidence de l'ASEAN. Il sera en effet délicat – voire compromettant – pour Hanoi d'expliquer aux autres membres qu'il n'a pas pu remplir les devoirs qui lui incombaient en 2020. 

    Une extension de présidence très incertaine 

    Ainsi, même si Hanoi avait la capacité de ‘doubler le coup’ à la tête de l’ASEAN, une reconduction de la présidence de l'ASEAN au profit du Viêt Nam en 2021 est à ce jour très incertain. 

    Certes, il existe des précédents de changement de cette présidence, qui dont l’alternance s’effectue par ordre alphabétique. En 2011, afin d’éviter un chevauchement avec l’organisation de l’APEC en 2013, l’Indonésie avait pris la place de Brunei, qui était devenu président de l’Association à son tour en 2013. Cet accord entre les deux pays avait dû être accepté par les autres Etats membres selon la règle de l’unanimité, qui fait loi au sein de l’ASEAN. Contrairement à la situation présente, ce changement de procédure avait été anticipé et négocié ; la décision n’avait donc pas été prise dans l’urgence.

    Il semble donc que le coût des efforts diplomatiques que le Viêt Nam aurait à déployer (convaincre le Brunei, s'accorder avec le Secrétariat, rallier un consensus de tous les pays membres) pour repousser la présidence par Brunei à 2021 s'avèrerait bien plus élevé que les bénéfices potentiels qu’il en retirerait. A cela s’ajoute la pression externe que la Chine pourrait exercer sur les autres membres de l’ASEAN pour éviter une nouvelle présidence vietnamienne. Pékin ne ménage en effet pas ses efforts pour conclure rapidement – à l’horizon 2021 – les négociations avec l’ASEAN sur un « Code de Conduite » en Mer de Chine méridionale favorable à la Chine. Un résultat qui serait contraire aux intérêts de Hanoi qui, de son côté, se distingue par une attitude de procrastination sur le dossier. L’extension de la présidence vietnamienne à la tête de l’ASEAN pourrait permettre à Hanoi de continuer de freiner ce processus de négociation et d’éviter toute concession trop importante à la Chine.  

    S’il est en tout état de cause trop tôt pour anticiper une telle décision permettant à un pays de conserver la présidence de l’Association deux années de suite, les événements des prochains mois seront à même d’invalider ou de confirmer ce cas d’exception. La capacité des autorités vietnamiennes à juguler dans la durée l’extension de la pandémie sera capitale dans la confirmation d’une prolongation, de même que l’évolution de la situation au sultanat de Brunei. A cet égard, une prolongation de la ‘mise sous cocon’ des États membres de l’Association les plus touchés par la pandémie au-delà de l’été pourrait même empêcher la bonne organisation des deux Sommets de l’ASEAN prévus cette année. Si le 36e Sommet prévu initialement du 6 au 9 avril 2020 a été ‘remplacé’ par un « Sommet spécial » par vidéo conférence le 14 avril, les Vietnamiens ont tenu à le garder in personam fin juin en plus du maintien du 37e Sommet en novembre. En fonction de l’évolution de la pandémie dans la région au cours des prochains mois, un nouveau scénario « à la Laos » pourrait même se dessiner, quand Vientiane avait rassemblé les 28e et 29e sommets de l’ASEAN en septembre 2016. Dans tous les cas, le Viêt Nam devra revoir ses ambitions à la baisse.  


    (*) https://thescoop.co/2020/03/12/brunei-allocates-2-million-to-prepare-for-asean-chairmanship/

    samedi 4 avril 2020

    Bons baisers de Đà Nẵng... (03/2020)

    Il est des escales qui marqueront les esprits longtemps. Celle qu’a effectuée le porte-avions USS Theodore Roosevelt à Đà Nẵng du 05 au 09 mars 2020, et qui a été présentée par les autorités américaines comme le grand événement militaire de cette année du vingt-cinquième anniversaire de la normalisation des relations bilatérales avec le Viêt Nam (12 juillet), vient de se transformer en catastrophe d’ampleur stratégique.
    En effet, 16 jours après que le Big Stick a repris la mer, le bâtiment a annoncé (25 mars) que trois de ses marins avaient été testés positifs au coronavirus (Covid-19) et avaient été aussitôt évacués. Le lendemain, cinq autres cas de contamination ont été détectés, laissant craindre une contamination de plus grande ampleur, ce qui a justifié le déroutement du bâtiment vers Guam. Une crainte justifiée car, à son arrivée à Guam le 07 avril, île elle aussi touchée par la pandémie (une quinzaine de cas, dont un mortel), ce sont quelque 25 marins qui ont été contrôlés positifs au coronavirus et hospitalisés dans des infrastructures peu préparées à faire face à un tel fléau. Face au drame sanitaire qui gagnait en ampleur, le capitaine de vaisseau Brett Crozier, pacha du bâtiment, a lancé un officiel et vibrant appel à l’évacuation de son équipage (31 mars) qui, s’il a été entendu d’une oreille (début de l’évacuation de l’équipage, désormais victime d’une centaine de contaminations), lui a surtout valu d’être relevé de son commandement par le secrétaire à la Marine Thomas Modly (02 avril) pour avoir « fait preuve d'un très mauvais jugement en période de crise » et qui a rappelé son prédécesseur (le contre-amiral Carlos Sardiello) pour reprendre (temporairement) en main les rênes du Theodore Roosevelt. Une tâche qui va lui demander beaucoup de psychologie, tant l’équipage a longuement acclamé son pacha (cliquez ici), héros des cœurs mais déchu par l’institution, lors de son départ.
    Il est indéniable que l’escale à Đà Nẵng a été le point de départ de la contamination de l’équipage de ce géant des mers (près de 5 000 hommes et femmes d’équipage). Ce qui en tant de guerre aurait pu être considéré comme un fait d’armes exceptionnel pour le Viêt Nam (la neutralisation de tout un porte-avion et de son aviation embarquée, le tout sans perdre un combattant) se transforme, que les autorités de Hà Nội le veulent ou non (mais aussi les autorités compétentes américaines), en une pierre funeste de cette année symbolique. Et en plus, elle s’est déroulée dans un contexte où le Viêt Nam, déjà sur le pied de guerre depuis le début de l’année pour combattre le virus, ne rapportait à la période de l’escale qu’une trentaine de cas de personnes contaminées, sur l’ensemble du pays.
    S’il est impossible de dire, surtout a posteriori, quand et comment le virus s’est introduit dans l’équipage, l’on peut souligner que :
    • l’USS Theodore Roosevelt, tout comme deux ans plus tôt l’USS Carl Vinson, n’a pas physiquement accosté à Tiên Sa, le port militaire de Đà Nẵng, en raison de son gabarit exceptionnel ; pour autant, des norias de vedettes ont permis à une partie de l’équipage de se rendre à terre, pour la cérémonie d’accueil des autorités, des entretiens avec les autorités civiles et militaire de la ville, mais aussi toute une variété d’activités de cohésion, humanitaires ou simplement touristiques qui n’avaient aucune raison d’être si ce n’est de véhiculer cet incontournable symbole de l’amitié entre ex-ennemis, au profit des populations encore marquées dans leur chair par les conséquences de l’usage de défoliants par l’armée américaine; à nouveau, l’on y verra un retour de l’Histoire, bien involontaire ;
    • plusieurs appareils embarqués avaient atterri sur l’aéroport de Đà Nẵng, et faisaient la liaison avec le bord ; l’on ne peut là aussi exclure une autre porte d’entrée du virus ;
    • en revanche, le croiseur lance-missiles USS Bunker Hill était bien à quai ; si le virus s’est introduit à son bord, aucune mention n’en est faite ;
    • les Vietnamiens avaient sécurisé le site d’accueil des autorités, avec force médiatisation des mesures sanitaires – certes de base (simple prise de température, mais pourquoi faire plus à l’époque, la ville étant à l’époque officiellement quasi épargnée par la maladie) – auxquelles les journalistes et autorités devaient se prêter de bonne grâce ;
    • les autorités américaines (ambassade, consulat général notamment) n’ont pas jugé les conditions sanitaires ni sécuritaires du moment défavorables à l’escale. Elles sont pourtant capables de mener des escales à très bas bruit (aucun déplacement de haute autorité, aucune communication), à l’image de celle qu’avait effectuée le Littoral Combat Ship USS Gabrielle Giffords à Cam Ranh du 19 au 21 décembre 2019. Reprocher au pacha du Th. Roosevelt d’avoir octroyé 5 jours de quartier libre (bien difficiles dans les faits, pour un bâtiment qui n’est pas à quai) est ainsi purement éhonté, sachant qu’aucune des activités officielles de coopération n’a été annulée.

    Pour autant, il eût été sage de de respecter quelques principes de précaution élémentaires, notamment dans un pays qui, malgré la « levée en masse » de tout un peuple - fermement motivé par les autorités locales - contre la pandémie (à l’heure où ces lignes sont postées, toujours aucun mort, moins de 250 cas de contamination (surtout à Hà Nội et Hồ Chí Minh-Ville), pour un pays de près de 98 millions d’habitants, une prouesse !). Mais les enjeux - d’affichage - primaient visiblement, avec le déplacement en outre de l’amiral Aquilino, commandant la flotte du Pacifique (USPACFleet). 
    Le fait est que cette escale de l’amitié, sur les conséquences de laquelle les autorités vietnamiennes ne se prononcent pas, laissera des traces sur la relation bilatérale (le Viêt Nam, qui a sagement décidé de sursoir à la revue navale qu’il devait accueillir le 7 mai à Nha Trang, peinera durant de longs mois à attirer des bâtiments américains - et d’autres nationalités - et surtout organiser des activités à terre avec les équipages), et entachera ce millésime de l’amitié américano-vietnamienne. 
    Cet effet Covid-19 made in Viêt Nam rebat en outre temporairement les cartes en mer de Chine méridionale, qui se retrouve de facto vide de présence américaine (sauf peut-être dans les airs, et encore). Pékin doit apprécier : finies au moins pour deux mois les opérations d’affirmation de liberté de circulation (FONOPS), une mer vide, propice aux activités de l’unique marine qui conserve sa liberté d’action, et dans une période climatique propice aux mouvements. Des lors, les vieilles habitudes reprennent : le 02 avril, un bateau de pêche vietnamien qui se trouvait près de l’île de Woody (Phú Lâm pour le Viêt Nam), dans les Paracel, a été coulé par un navire des garde-côtes chinois. Les membres d’équipages ont été récupérés par un autre bateau vietnamien.
    Il est à craindre que de nouvelles tensions - habituelles comme celles qui visent les flottilles de pêche - surviennent, les bâtiments des marines riveraines respectant les mesures de confinement en vigueur dans leurs pays. Force est de constater que la mer de Chine méridionale devient, pour quelques mois, une mer de Chine, sans grande puissance présente pour apporter cette force d’âme qui peut faire défaut chez les marines locales et les conduire à prendre la mer.

    Au bilan, ce virus, né en Chine, exporté « à la chinoise » par les voies des circuits de mondialisation, revient par un effet de « rebalancing » malheureux avec le Viêt Nam à la poignée de l’éventail, vers le rival américain. Un bien lourd boulet, qui va durablement marquer les activités de coopération bilatérale entre militaires américains et vietnamiens…