jeudi 26 octobre 2017

Dernières heures avant l'arrivée à Cam Ranh de la troisième frégate Gepard

21 septembre 2017: transit via Gibraltar
Le 27 octobre 2017, 45 jours après avoir quitté le port russe de Novorossiysk, la barge semi-submersible affrétée Rolldock Star avec en pontée la troisième frégate lance-missiles de type Gepard 3.9 construite par la Russie pour la marine populaire vietnamienne atteindra Cam Ranh, sa destination finale.

Comme ce fut le cas pour les livraisons des derniers sous-marins Kilo 636, le Rolldock Star a contourné l’Afrique via le cap de Bonne Espérance, traversé l’océan Indien et franchi le détroit de la Sonde puis effectué une courte escale (23-24 octobre) à Singapour. Il en est reparti dans la nuit au 24 au 25 octobre (cf. ci-dessous), et achève désormais son parcours en mer de Chine méridionale en ayant désactivé son système automatique d’identification, pour plus de discrétion.
Une fois les formalités administratives effectuées et la barge mise en semi-submersion, la frégate pourra prendre place aux côtés de ses deux aînées, les 011 Đinh Tiên Hoàng et 012 Lý Thái Tổ, dans le port militaire de la 4e Région maritime. Elle sera intégrée dans la brigade 162, où son nom de baptême lui sera probablement donné en même temps que la quatrième frégate, en phase finale d’essais opérationnel en Russie.

Si la marine populaire respecte la lignée de noms de baptême (des noms d’empereurs fondateurs de grandes dynasties), il se pourrait que la nouvelle arrivée au sein de la brigade 162 porte le nom du général Trần Hưng Đạo (1228-1300) – passé à la postérité pour avoir, en 1288, détruit la flotte Yuan-Mongols à la bataille de Bạch Đằng, du nom d’un fleuve se jetant dans la baie de Hạ Long à la limite des provinces actuelles de Hải Phòng et Quảng Ninh.

dimanche 22 octobre 2017

Le président Trần Đại Quang au champ de tir!

Un chef d’Etat en tenue de combat, voilà une image peu fréquente sous nos latitudes occidentales. Sur les bords du fleuve Rouge, la tradition est tout autre. Coïncidence ou effet soigneusement organisé, le 17 octobre 2017, le président Trần Đại Quang s’est rendu sur le champ de tir de Miếu Môn, près de la capitale, pour assister à une séance d’entraînement des équipes de tir du ministère de la défense, et ce en présence d’une couverture médiatique bien plus importante que celle qu’un tel événement aurait justifié.
Profitant de l’événement, le président Quang - qui, rappelons-le, était jusqu’au printemps 2016 le puissant ministre de la sécurité publique - a apporté un vif soutien aux militaires vietnamiens qui, en coordination avec les forces de sécurité intérieures, sont les garants de la stabilité du pays et en premier plan du régime communiste. Accompagné notamment par le général de corps d’armée Phan Văn Giang, chef d’état-major général des armées (2ème à droite ci-dessus), il a décrit, dans la pure tradition de la rhétorique communiste, un contexte régional toujours marqué par l’incertitude, une situation qui nécessite des services de renseignement affûtés et des forces armées modernes et sur le qui-vive permanent.
Un discours dont la portée dépasse donc le seul événement. Distillé la veille de l’ouverture à Pékin du dix-neuvième congrès national du Parti communiste chinois (18-25 octobre), et à l’approche de l’accueil à Đà Nẵng du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Asia-Pacific Economic Cooperation (APEC) – 11 et 12 novembre – le message du président Quang s’adresse tant à l’attention du grand rival régional qu’à la communauté internationale ; un message à forte connotation sécuritaire, Hanoi ne pouvant se permettre de voir cet événement capital pour l’image du pays entaché par quelque incident que ce soit - d’autant plus qu’il sera marqué par la première visite du président Trump au Viêt Nam.

Đà Nẵng - le centre de contrôle des opérations de sécurité
Nul doute que, devant l’équipe nationale militaire de tir, les mots du président Quang auront fait mouche !

samedi 21 octobre 2017

Première visite du général Ngô Xuân Lịch à Jakarta (11-13/10/2017)

Du 11 au 13 octobre 2017, le général d’armée Ngô Xuân Lịch, ministre de la défense, a effectué sa première visite en Indonésie depuis sa prise de fonctions, au printemps 2016. Un déplacement qui intervenait en retour de celui effectué à Hanoi par le général d’armée (en retraite) Ryamizard Ryacudu, du 07 au 09 août 2016.
Accompagné d’une importante délégation comprenant notamment les commandants en chef de la marine (contre-amiral Phạm Hoài Nam) et de la police maritime (général de division Nguyễn Quang Đạm), le général Lịch a été accueilli à Jakarta par Ryamizard Ryacudu, avec lequel il a passé en revue les grands axes de l’actualité de défense régionale et de la coopération bilatérale et signé une déclaration de vision commune pour la période 2017-2022, axée notamment sur la collaboration face aux menaces non-conventionnelles.

Parmi les points de friction des relations entre les deux pays, les violations répétées de l’immense zone économique exclusive (ZEE) indonésienne par les bateaux de pêche vietnamiens (blue boats) qui, partant des ports du Centre du Viêt Nam, portent leurs terrains de pêche de plus en plus loin, en raison d’une part de la raréfaction des ressources halieutiques de la mer « de l’Est » victime de la surpêche et d’autre part de l’intense activité chinoise dans ces eaux contestées. Poussant de plus en plus vers le sud-est, en parfaite connaissance des risques d’infraction mais considérant que le risque vaut d’être couru, les pêcheurs pénètrent dans les eaux indonésiennes – mais aussi malaisiennes et jusqu’en Nouvelle-Calédonie – où ils sont régulièrement interceptés par les gardes-côtes et la police des pêches, parfois dans des accrochages violents. Alors que les pêcheurs sont incarcérés en Indonésie, leurs bateaux – comme ceux des autres nations interceptés en situation illégale - sont régulièrement coulés au large dans des événements largement couverts par les médias locaux, qui se font le relais des ambitions maritimes du président Joko Widodo. Sans surprise, ces actions attisent les tensions entre les deux capitales, mais s’apaisent rapidement. Le Viêt Nam n’ayant de cesse de proclamer son attachement à la non-ingérence dans les affaires internes des Etats, et en particulier de ceux de l’ASEAN, ne peut donc s’élever contre le fait que ses voisins mènent une politique similaire. Nulle surprise à ce que les deux ministres se soient prononcés pour une démarcation claire de leurs ZEE. 
Pour autant, et c’est bien la raison de la présence aux côtés du général Lịch des deux commandants des forces maritimes vietnamiennes, les deux capitales doivent harmoniser leur coordination pour dissuader les pêcheurs de passer le cap de l’illégalité.


Cette épine dans les relations bilatérale mise à part, Hanoi considère avec intérêt le renforcement du partenariat avec Jakarta, dont la solidité date des années des guerres d’indépendance. La visite de Nguyễn Phú Trọng à Jakarta, le 23 août dernier, la première d’un secrétaire général du Parti communiste vietnamien depuis Hồ Chí Minh en 1959, a aussi été aussi la première d’un haut dirigeant vietnamien depuis la signature en 2013 d’un partenariat stratégique entre les deux pays. 
Entretien avec le président Joko Widodo
Enfin, le 13 octobre, a délégation vietnamienne a été reçue par le général d'armée Gatot Nurmantyo, chef d'état-major des armées indonésiennes.